Je n'aime pas le moment où tout le monde remet une veste. Une veste, c'est chiant. On doit l'enlever à chaque heure de cours et la déposer sur le dossier de notre chaise, d'où elle tombe 3 fois sur 4 à cause de notre sac, qui s'accroche également sur le bord de celle-ci. Et la remettre toute les 50 minutes. Ou la prendre sous son bras, où elle est encombrante, moche, parfois humide s'il a plu le matin. Et lui trouver enfin une utilité à l'extérieur, à la fin des cours, où il fait légèrement frisquet. Pas de bol, dans le bus, pas moyen de l'enlever sans envoyer son coude ou autre chose dans la tronche de la fille assise à côté de nous, que l'on ne connait pas, qui nous dérange, que l'on aimerait virer pour avoir égoïstement 2 sièges pour soi, pour y déposer son sac, mais aussi sa veste. Alors on meurt de chaud sous le tissus, à côté de cette parfaite inconnue maquillée comme une pute, qui cocotte à 3 kilomètres à la ronde, le genre de fille qui nous fait nous demander si on ne devrait pas remettre un coup de parfum si on ne veut pas disparaître de la surface de la terre, noyée par l'odeur trop présente de sa frangrance à la con. Bref, il fait chaud, j'ai ma veste, mon sac sur mes genoux, parce que je ne veux pas le mettre par terre. Car la tirette n'est pas fermée, que son contenu pourrait se répendre sous les pieds de toutes les personnes autour et qu'on ne sait jamais quelle saloperie pourrait venir se coller sur le joli tissu encore beige clair. Bref. Il fait chaud. Et la pétasse est en pull, bien sûr, elle n'a pas de veste, du coup t'as encore l'air plus conne à côté. Ton gsm vibre, tu décales légèrement pour le prendre dans ta poche, ce qui te vaut un regard incroyablement fusillant de Miss Parfaite, parce que tu as osé la frôler avec ton avant bras gauche. Heureusement, tu es du côté de la fenêtre, tu peux donc jeter ton regard à l'horizon, façon perdue dans le vide, n'ayant même pas remarqué la créature assise à côté de toi. Puis tu jettes un regard très (trop) détaché à ton gsm, où un sms de l'homme de ta vie te fait sourire. Pas de bol, c'est qu'un accusé de réception. Tu remets le gsm dans ta poche en veillant à ne pas toucher ta voisine de quelques minutes et tu laisses tes yeux vagabonder au loin. Tu commences inévitablement à te comparer à elle. Chaussures. Oui, ça passe, elle a des escarpins, toi, tes tbs brunes qui font encore vachement neuves et auxquelles tu fais hyper attention. Pantalon. Deux slims, quoique le sien est un peu plus foncé, mais tu te dis que le tien est mieux quand même. Pull. Hum, ton gilet, caché sous ta veste, fait un peu sobre par rapport au sien, beige, hyper décolleté, laissant apparaître un bout de soutif bleu flash. Tu détournes les yeux. Manquerait plus qu'elle croit que tu la mattes. Et puis tu commences à penser à ton lissage tout mort de début de journée, alors que le sien ne fait pas une bavure. Elle a sa farde sur ses genoux. Tu te dis comme une conne, que toi ta farde rentre dans ton sac et que tu n'as pas besoin d'y cacher un lisseur qui y prendrait toute la place. Tu réfléchis à l'endroit qu'elle trouve pour se lisser les cheveux. Sûrement dans les toilettes ou quelque chose comme ça. De toutes façons, t'assumes ton côté plutôt naturel de fin de journée, même si ton crayon a sans doute un peu coulé. Crayon. Merde, là, t'assures pas. Tu t'es pas regardé les yeux dans un miroir depuis le milieu de la journée et c'était déjà pas trop terrible. Tu te passes un doigt sous les yeux, l'air de rien. Ah, la créature a des lunettes. Des grosses lunettes en plastique noir, certainement hors de prix, pour faire genre. Toi, au moins, t'as pas peur de te foutre des lentilles, et ça laisse voir la couleur de tes yeux. Tu ne te laisses pas aller à comparer le reste, parce que ton gsm vibre à nouveau. Ah, ça doit être la réponse de ton chéri. Non, c'est Proximus qui t'informe de ses nouveaux tarifs. Rien à foutre. Tu passes un doigt dans une mèche de cheveux qui vient devant ton visage et tu t'aperçois soudain que ton arrêt se trouve 200 mètres plus loin. Heureusement que tu descends au terminus, parce que si tu avais eu besoin de faire bouger la pétasse, tu aurais eu droit à un regard façon eyeliner mortellement fusillant, et tu aurais du user un petit peu le talon de ses escarpins certainement hors de prix aussi, dans lesquels tu ne saurais sans doute jamais rentrer et que tu ne saurais de toutes façons jamais te payer. Puis tu réfléchis et tu te dis qu'en fait, tu les trouves moches. Et que tu ne saurais pas marcher avec. Là, tu as une pointe d'admiration pour Pétasse. Parce que même s'ils sont moches, elle sait marcher avec, dans l'allée du bus, en allant vers la sortie, devant toi. Puis elle descend le petit escalier pour se retrouver sur le trottoir. Tu te retrouves à côté d'elle, dans la marée de gens qui sort. Vos regards se croisent un instant, et oh. Elle se prend légèrement un bout de bordure et l'air de rien se rétablit, en remettant son pull qui n'avait pourtant pas bouger et en dégageant son regard du tien avec dédain, mais aussi avec honte. Il n'y a pas de petites victoires. Tu la dépasses en 30 secondes avec tes tbs, qui cartonnent vraiment, en fin de compte, et tu pars devant, la mine fière, avec tes cheveux dans le vent qui ressemblent plus à grand chose et avec ton crayon qui n'est plus vraiment là non plus. Tu te sens mieux qu'elle à cet instant précis, et ça c'est vraiment coul. En plus, ton gsm vibre et c'est vraiment ton homme qui te répond. T'es au milieu de la rue, tu souris, gsm à la main, avec ta veste, qui te sert quand même pas mal, finalement, en début septembre. Même si je suis une grande nostalgique du temps où on vient à l'école en pull ou en gilet. Et puis, Pétasse a sûrement froid aussi. Le mardi après midi n'est pas si mal, finalement.